«Avec la nature et les animaux on n’a jamais fini d’apprendre», nous dit Kate Amiguet de la Fondation MART (Mouvement pour les Animaux & le Respect de la Terre). Et c’est bien vrai : retour sur toute une vie consacrée à l’observation des animaux sauvage, dont une année de monitoring, une goutte d’eau dans un océan, mais qui nous permet d’en connaître d’avantage sur certaines espèces.

Kate connaît son sujet, elle sait de quoi elle parle, elle est présente sur le terrain depuis 1999 pour venir en aide aux animaux et protéger la nature. Nombreuses sont les émissions, les livres et autres à nous renseigner sur la biologie de la faune sauvage, toutefois, on n’en connaît bien peu sur leurs mœurs et leur vie secrète. C’est pourquoi, depuis 12 mois, la naturaliste a commencé un travail plus approfondi sur le sujet en effectuant des monitorings en parallèle à ses observations éthologiques. L’éthologie est l’étude du comportement animale et le monitoring désigne plutôt le suivi et la surveillance des déplacements et la présence des animaux.

 

Un travail rigoureux

«Mon but est d’étudier une zone ou un biotope bien précis et d’analyser ce qu’il s’y passe.» Une telle analyse demande une bonne préparation, il ne suffit pas d’aller se promener en forêt pour mieux comprendre ses habitants. «Il faut d’abord connaître le terrain, pouvoir situer les couloirs à faune par le relevé d’empruntes, de marques, de poils et de selles.» Pour Kate c’est facile, le Chablais elle le connaît comme sa poche. Mais il faut ensuite beaucoup de patience pour pouvoir étudier le comportement de certains animaux, leurs interactions avec d’autres espèces ou leur attitude entre eux ; en bref, toutes ces habitudes ou façons de faire, de vivre, qui nous échappent totalement. Bien évidemment, certaines saisons sont plus propices pour un tel travail. L’hiver, par exemple, permet de repérer facilement les traces laissées par les animaux et le printemps est une saison très active puisqu’il s’agit de la période de reproduction et la naissance des petits.

«Le fait de s’immerger totalement dans la nature au point d’en devenir animale permet des observations incroyables qui remettent d’ailleurs en cause certaines théories», explique Kate. Prenons le cas de la gale, une maladie infectieuse de la peau causée par un parasite qui tue chaque année des milliers de renards. «Mes observations m’ont appris à déceler la maladie bien avant les premiers signes typiques visibles tels que absence de poils sur la queue, le croupe, le dos et autres, marques rouge de grattage, etc. J’ai suivi un vieux renard mâle durant 6 mois. Quand j’ai vu qu’il était malade, j’ai hésité à appeler le garde chasse pour abréger les souffrances à venir, et éviter la propagation de la maladie à la femmelle et aux petits. Mais la femelle était jeune et inexpérimentée et c’était sa première portée. Elle avait besoin du mâle pour assurer la protection et la survie des renardeaux. J’ai donc décidé de ne pas intervenir et laisser faire la nature. A la fin de sa vie, les jeunes avaient 4 mois. Il savait qu’il était malade, pourtant il a donné ses dernières forces pour creuser un terrier pour sa femelle et ses petits pour leur assurer la sécurité, suite à une dispute avec les blaireaux du coin. Cela contredit clairement cette idée reçue que le renard est là au début, pour la reproduction, et qu’il part ensuite faire sa vie ailleurs.»

Une autre théorie, remise en cause grâce aux observations de Kate, est celle d’une soi-disant bonne relation entre le renard et le blaireau. Pour comprendre, le renard ne creuse pas aussi bien que le blaireau. C’est un opportuniste, ainsi, bien souvent, le renard se tape l’incruste et loge dans des galeries déjà creusées. Parfois elles sont assez grandes et disposent de plusieurs sorties permettant aux deux espèces de cohabiter sans trop de soucis. D’autres fois, le terrier est trop petit ; s’engage alors une véritable lutte de territoire. Notons aussi que le renard ne vit dans son terrier que pour se cacher en cas de danger ou pour mettre les petits au monde. Le reste du temps il vit en extérieur, contrairement au blaireau qui y passe le plus clair de son temps. «Les deux espèces ne se laissent pas faire et souvent des bagarres éclatent, notamment quand il y a des petits.» D’ailleurs, ce sont souvent les petits qui en font les frais. La preuve en image, puisque sur son site Kate a partagé une dizaine de vidéos, dont une qui démontre parfaitement cette guerre incessante : «Prise de territoire, vol de terrier, fourberies, marquages intempestif, provocations, le tout se terminant parfois tragiquement.»

 

Un travail extraordinaire à voir absolument !

Kate continue sur sa lancée. Ainsi, elle étudie avant tout les renards, blaireaux, chevreuils, cerfs, martres, sangliers ainsi que les oiseaux, et tout ça dans le Chablais. Elle dispose actuellement de plus de 10 000 vidéos à trier, mais elle ne montre que le meilleur sur sa webTV, et ça vaut le détour ! «Un jour j’en ferai un film et un livre», confie-t-elle. En attendant elle observe, étudie et partage avec nous des images incroyables, des scènes de vie époustouflantes. «L’éthologie est l’un des travaux qui me passionnent le plus et c’est un enseignement sans fin. Comme pour les castors, ça fait vingt ans que je les étudie et j’en apprends encore.» Son coup de cœur : «J’ai pu découvrir le bruit que font les blaireaux lors de l’accouplement ; jusqu’alors, personne n’avait connaissance de ce son particulier. Mon coup de cœur va aussi pour la première sortie de terrier des petits renards.» Ce qui la choque : «que des gens arrivent à chasser ces animaux, notamment quand on connaît leur intelligence et ce qu’ils apportent à la nature. Le pire, ce sont ces chasseurs qui croient tout savoir sur la faune et la nature et bouleversent totalement les écosystèmes en se prenant pour les seuls régulateurs de la Planète !»

 

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Informations 

 

Photo: K. Amiguet

 

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