Pour Fernand Pasquier, les oiseaux n’ont aucun secret. Il les repère à leur chant, puis les observe à l’aide de sa longue-vue. Au mois de juillet, l’ornithologue nous a emmenés avec lui aux Mosses afin de découvrir le ballet de ces bipèdes.

Nous partons des Mosses à 7 heures du matin. Au volant de sa voiture, Fernand Pasquier s’arrête après seulement quelques mètres. « Ce sont des nichoirs à martinets », précise-t-il en montrant du doigt le toit d’un immeuble. « Ils sont très fidèles à leur lieu de vie, ils peuvent donc mettre du temps avant d’installer leur nid. » À peine repartis, l’ornithologue indique que sa spécialité ce sont les oiseaux de montagne. Il est capable de les reconnaître uniquement au son de leurs chants. Bien que les mois les plus propices pour découvrir ces vertébrés soient mai et juin – d’ailleurs au printemps ils vivent plus bas à cause de la neige –, les oiseaux peuvent être observés toute l’année. Faut-il toutefois avoir l’œil… et l’ouïe ! Une bonne centaine d’espèces vit dans la région ; en étant un brin attentifs, nous pouvons être surpris par cette diversité.

Premières observations

La voiture s’arrête et nous en sortons. « La zone est propice pour y voir le tarier des prés. Il aime bien se positionner en hauteur, sur des perchoirs », précise Fernand Pasquier. Il s’agit d’un exemple typique d’espèce menacée par l’homme. Il fut un temps où il n’était pas rare de la trouver en plaine. On voit d’abord passer une grive musicienne, puis un pipit qui est reconnaissable à sa façon de planer. Nous recherchons ensuite les perchoirs potentiels pour le tarier des prés. Nous finissons par le repérer sur les câbles du tire-fesses. Avec la longue-vue, nous pouvons l’observer durant plusieurs minutes ; un véritable bonheur. « Mon plus beau cadeau, c’est d’entendre s’extasier quelqu’un sur un oiseau que je lui ai montré », se réjouit l’ornithologue. Juste avant de repartir afin de trouver d’autres volatiles, un faucon crécerelle nous offre un magnifique spectacle : il vole en stationnaire pour sa chasse matinale. « Chaque oiseau est reconnaissable tant par le son qu’il émet que par son vol ou ses mœurs. »

Le goût d’apprendre et de partager

Entre deux arrêts, Fernand Pasquier nous apprend que sa passion pour l’ornithologie date de son enfance. « J’étais un petit sauvage, je ne tenais pas en place et je passais beaucoup de temps en forêt. » En parlant de ça, nous nous arrêtons près d’une forêt. Un pinson se fait entendre. « Il s’agit de l’espèce la plus répandue de Suisse. Il a son accent local : son chant n’est pas identique d’une région à l’autre. » Ses connaissances semblent illimitées, c’est impressionnant, mais surtout passionnant. « À ma retraite, j’ai suivi une formation en ornithologie à Neuchâtel afin de parfaire mes connaissances. Avant cela, je m’occupais d’enfants ; j’avais toujours mes jumelles avec moi pour leur faire découvrir des oiseaux. » Aujourd’hui, en plus d’organiser des randonnées pour observer les oiseaux, il donne des cours à Château-d’Oex. « Il s’agit de dix sessions, dont cinq à l’extérieur, durant lesquelles nous faisons le point sur plus de septante espèces. » Parmi toutes les espèces qu’il connaît, Fernand Pasquier nous confie que son oiseau préféré est le tétras lyre, malheureusement victime des dérangements de l’homme, notamment durant la saison froide, car cette espèce a pour habitude d’hiverner sous la neige. Quant à son chant préféré, c’est le rossignol qui gagne son cœur : « En plus d’être un virtuose, c'est le seul oiseau qui chante jour et nuit. »

Un concert

Durant la sortie, Fernand Pasquier tend l’oreille. Même au volant, en pleine discussion, il est capable d’entendre le plus doux des chants et de citer l’oiseau qui en est l’auteur. « Tu entends ? », me demande-t-il souvent. Mais ce n’est pas simple de repérer un seul gazouillement et de le différencier des autres. C’est comme un concert durant lequel chaque instrument produit un son bien particulier. Une mélodie enchantante qui nous en apprend beaucoup. « J’ai une application sur mon téléphone qui me permet de m’entraîner à reconnaître les chants des oiseaux », confie-t-il. Mais en tant que novice, c’est un exercice loin d’être évident. Toutefois, certains chants deviennent clairs au fil de la balade. D’ailleurs, à un moment, nous entendons une grive musicienne. « Sa particularité est qu’elle chante toujours deux ou trois fois de suite la même mélodie », fait savoir Fernand Pasquier. En effet, une fois l’information acquise, il est difficile de manquer son chant.

Faute de les voir, nous avons aussi entendu différents oiseaux, dont le troglodyte mignon et la fauvette à tête noire. « La fauvette à tête noire est une espèce difficile à observer car elle se cache dans les arbres. Au printemps, lorsque ces derniers n’ont pas trop de feuilles, il est possible de la repérer. Elle est hyperactive au niveau de son chant qui est très mélodieux, très flûté. J’adore ! »

De découvertes en découvertes

Alors que la balade partait des Mosses, nous prenons gentiment de l’altitude. Une grive draine se montre. Elle est reconnaissable avec un filet blanc qui longe sa queue. Puis un rouge-queue passe au même instant. C’est ensuite le moment d’une rencontre fortuite avec une agricultrice également passionnée par ces vertébrés. C’est décidé, ils se reverront pour partager leurs découvertes. Plus loin, nous avons la chance de voir une bergeronnette des ruisseaux. Elle avançait tranquillement dans un pré fleuri. « Son vol, onduleux, est magnifique. C’est également l’une des rares espèces à marcher et non sautiller », révèle Fernand Pasquier. Alors que le chant de la grive musicienne semble nous accompagner, nous repérons une bergeronnette grise qui, comme sa cousine des ruisseaux, marche aussi. Après avoir entendu le pinson, nous finissons par le voir. Son vol onduleux et court est caractéristique. Finalement, en redescendant aux Mosses, nous sommes témoins d’un vol d’hirondelles.

Des élèves fabriquent des nichoirs à martinetsMenacés par l’homme

Il n’est malheureusement pas étonnant d’apprendre que les oiseaux sont menacés, entre autres, par l’agriculture intensive. En effet, bon nombre d’espèces vivent au sol dans des prés pâturés. Ce sont de bons biotopes pour eux. « Les champs doivent être fauchés depuis le centre et il faut ensuite tourner en rond de l’intérieur à l’extérieur afin de laisser les animaux s’échapper », explique Fernand Pasquier avant d’ajouter : « Aujourd’hui, les machines pour faucher sont plus grandes et plus rapides. Elles font donc beaucoup plus de dégâts. » Il n’hésite pas à aller parler aux fermiers afin de trouver des solutions pour protéger les oiseaux. « Certains m’écoutent, ce sont alors de petites victoires réjouissantes. Par exemple, j’ai motivé un agriculteur à préserver un églantier qui se trouvait sur l’un de ses terrains, en lui montrant une pie-grièche écorcheur qui s’y était installée. Cet oiseau a pour habitude de piquer les insectes sur les églantiers afin d’enlever leur toxicité. Bien que les insectes chez nous ne soient pas toxiques, elle a gardé cette habitude. L’une des haltes nous a d’ailleurs permis d’en observer une à la longue-vue. « On l’appelle le Zorro des prairies à cause de sa bande noire sur ses yeux. »

Merci !

Ces deux heures avec Fernand Pasquier sont passées terriblement vite. En plus de connaître son sujet sur le bout des doigts, il transmet sa passion avec cœur et arrive à attiser notre curiosité. Avant de repartir, il me fait cadeau d’un livret recensant les 130 espèces d’oiseaux de Suisse les plus fréquentes. Je le garde précieusement et ne manquerai pas de le prendre lors de mes prochaines sorties dans la nature. En attendant, s’il y a une chose que je n’oublierai jamais, c’est le chant de la grive musicienne !

Fabrication de nichoirs pour les martinets

Il y a quelques années, deux enseignants des écoles de Bex, Pascal Pahud et Valérie Nanchen, ont mis sur pied des sorties à la Ferme de Bornuit qui cultive des fruits et des légumes bio. Par la suite, d’autres enseignants ont organisé eux aussi diverses activités en lien avec la nature. C’est ainsi qu’est née il y a trois ans, la Journée Verte.

Les 28 et 29 juin dernier, une cinquantaine d’élèves ont construit des nichoirs pour les martinets avec l’ornithologue, Yves Menétrey en collaboration avec l’association Alpes vivantes. Au total, ce sont trente nichoirs qui ont été fabriqués. « Ils peuvent également y accueillir d’autres espèces que le martinet, comme le moineau ou le rouge-queue », précise Pierre Fumeaux, professeur de mathématique et de physique aux écoles de Bex avant d’ajouter : « Ils seront installés à la rentrée, entre les mois de septembre et octobre, en présence des enfants. Nous espérons pouvoir les poser au collège de l’Allex et/ou au collège Pré-de-la-Cible. » Ces installations ne sont pas une première pour les écoles, puisque d’autres nichoirs s’y trouvent déjà et permettent d’observer différentes espèces d’oiseaux. 

Pierre Fumeaux nous explique également qu’avant les martinets, ce sont les hirondelles qui avaient été au cœur d’un projet scolaire. « Lors de la Journée Verte de 2019, nous avons observé et compté les nids d’hirondelles entre Bex, le Châtel et les Dévens. Nos résultats ont ensuite été partagés avec Bertrand Posse de la Station ornithologique suisse. »

 

Les nichoirs seront installés dès la rentrée scolaire

 

Informations
Applications mobiles pour apprendre à reconnaître le chant des oiseaux :
Android – birdNet
IPhone – cuicui
Fernand Pasquier :
079 655 57 70
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Photo : Zoé Gallarotti

 

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